Yzé et le palimpseste – Tome 1

yze-et-le-palimpsesteAvatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Florent Marotta
Editeur : Taurnada
Date de sortie : 27 juin 2016
Nombre de pages : 405
Format : Poche
ISBN : 978-2372580205
Statut : Tome 1

« Comme si le pouvoir était la cause. Le véritable problème c’est l’homme et ce qu’il en fait. »

Synopsis :

Ambre Delage est une lycéenne lambda. Orpheline de père et de mère, elle vit chez sa tante Lucy qui l’élève depuis sa naissance.
Un soir, un évènement dépassant l’entendement va brusquement la jeter dans un tourbillon de révélations qu’elle était loin d’imaginer. Dès lors, pour la jeune fille tout bascule. Il faut fuir. Fuir sa vie tranquille, fuir son identité.
Mais qui est-elle vraiment ?

L’avis de Tomie :

Cela faisait des années que Jared tentait de percer le secret que renfermait ce livre de contes en apparence si banal. A force de persévérance, la magie l’entraîna aux annales Akashiques, une immense bibliothèque renfermant toute la mémoire du monde. A travers l’un des livres, Jared découvre la vie d’Ambre Delage, une adolescente dont le quotidien bascule le jour où deux hommes enfoncent la porte de sa maison pour tenter de l’enlever, déclenchant une avalanche de révélations.

Merci aux éditions Taurnada pour ce partenariat et à Joël pour nous l’avoir proposé. Je l’avoue, je n’avais jamais entendu parler de ce livre et pourtant il gagnerait à être connu ! Même si Ysé et le palimpseste ne nous épargne pas quelques clichés, on ne peut pas nier que l’histoire tient la route. Je parle de clichés notamment concernant l’héroïne elle-même. Orpheline recueillie par un parent éloigné (ici sa tante) qui ne sait rien de sa véritable nature et qui la découvre brusquement lorsque le mal décide de venir toquer à sa porte (littéralement). J’ai lu des dizaines d’histoires qui commençaient de cette façon et pourtant Florent Marotta a su me donner envie d’aller au-delà. Peut-être parce que l’histoire ne commence pas réellement avec Ambre (ou Yzé si vous préférez) mais avec Jared, un garçon dont ne sait absolument rien si ce n’est qu’il cherche à percer le mystère d’un vieux livre de contes. J’aime cette idée d’une histoire dans une histoire. Et je suis incroyablement frustrée de ne pas en savoir plus sur Jared ! Je ne peux m’empêcher de me demander pourquoi lui. Et surtout pourquoi semble-t-il vouloir à tout prix savoir ce qu’il s’est passé autrefois. Jared n’est présent que le temps de cinq toutes petites pages, donc oui je suis frustrée. On ne le retrouve même pas à la fin du livre le temps pour lui de faire une pause ou de lui permettre de commencer à assembler quelques pièces de son mystérieux puzzle. Ou alors je m’emballe et il n’y a pas vraiment d’histoire autour de lui, peut-être n’est-il qu’un prétexte pour nous permettre de suivre les aventures d’Yzé. Si c’est le cas je serai vraiment déçue. Bref, laissons Jared de côté pour le moment et revenons à Yzé et à ses clichés.

Yzé n’a jamais soupçonné la moindre trace de magie en elle et pourtant elle est capable de prouesses. J’avoue ne pas vraiment avoir apprécié cette facilité. Je veux dire, il est normale qu’elle ait des pouvoirs et qu’ils soient relativement impressionnant (sinon il n’y aura pas de prophétie la concernant) mais elle les maîtrise bien trop vite à mon goût. Il ne s’est jamais rien passé d’étrange en sa présence et pourtant il lui suffit qu’on lui remette son artefact (une sorte de catalyseur de son pouvoir) pour qu’elle soit capable de faire aussi bien qu’une personne ayant toujours eu conscience de sa magie. J’aurais aimé la voir se battre contre elle-même, peiner un peu plus pour prendre contact avec son moi magique qu’elle avait jusque là royalement ignoré. Là tout est bien trop simple, trop lisse. Même lorsqu’elle veut apprendre à maîtriser un élément qui n’est pas le sien, elle y parvient en une après-midi. Le résultat est certes faible mais il est bien là et moi ça me dérange. Elle en devient agaçante parce qu’on sait d’avance que quoi qu’elle tente, elle y arrivera. Ceci dit l’auteur a tout de même eu l’intelligence de ne pas lui donner le pouvoir absolu et heureusement parce que sinon elle serait devenue incroyablement chiante. J’ai été agréablement surprise de constater que ce n’était pas Yzé qui se découvrirait un don pour entrer dans l’esprit des gens mais son amie Isobel. Cela a le mérite de rendre Yzé moins parfaite et Isobel plus intéressante.

De nombreux personnages gravitent autour de l’héroïne, certains plus intéressants que d’autres (autant Isaac me laisse de marbre, autant j’ai hâte d’en savoir encore plus sur Fall !). La façon dont Yzé se comporte avec eux n’est pas toujours très naturelle, ce qui m’a interpellé plusieurs fois. Elle prend deux adolescents presque au hasard et décide qu’ils seront ses amis et compagnons d’aventure. Elle se lie en un claquement de doigts avec une famille rejetée par la plupart de la communauté des Wicce (des sorciers trouvant leurs pouvoirs dans les quatre éléments) et embarque le fils avec elle pour faire face au danger alors qu’ils se sont parlé en tout et pour tout trois fois. Même chose pour Matt, de qui elle se rapproche sans que je n’ai rien vu venir. Encore une fois, tout cela est trop facile. L’auteur a sans doute voulu privilégier l’action plutôt que les sentiments et je trouve ça dommage. Quand je parle de sentiments je ne parle bien évidemment pas de romance (Yzé et le palimpseste nous épargne l’habituel triangle amoureux, même si je soupçonne qu’on finira par y venir, ou du moins que la romance pointera le bout de son nez). Mais il n’y a pas assez de profondeur dans les réflexions d’Yzé. Je n’ai pas eu suffisamment accès à son ressenti, à ses sentiments face à toutes les épreuves qu’elle traverse. Il m’a manqué l’insécurité, la peur de ne pas réussir, la tristesse, la culpabilité face à certaines de ses actions, son ressenti la première fois qu’elle a ôté la vie. Même s’il s’agissait d’un « méchant » et qu’elle n’avait pas le choix, j’aurais aimé qu’elle s’attarde plus sur le sujet.

L’alternance de point de vue m’a un peu perdue étant donné le nombre de personnages présents dans cette histoire, surtout durant le premier tiers. Il m’a parfois fallu quelques pages avant de me souvenir de qui était qui. Si d’ordinaire j’apprécie d’avoir les pensée de chaque camps, ici cela ralenti parfois le récit et la tentation de sauter quelques pages pour retrouver Yzé a été grande.

Le plus perturbant dans cette histoire, c’est le décor. Florent Marotta nous propulse dans un futur qui a des airs de passé. Oui je sais, dit comme ça c’est très étrange. Aucune date n’est mentionnée mais on sait qu’un conflit a ravagé la France il y a des décennies et que la ville de Lyon s’appelle désormais Nova Lugdunum. C’est le seul indicateur de temps que nous auront. La technologie est toujours présente (et a même connu quelques améliorations) mais le fanatisme religieux qui règne sur le monde d’Yzé me rappelle incontestablement ces anciennes guerres des religions qui ont traversé la France depuis le Moyen Âge. J’ai un peu tiqué je l’admets, parce qu’en matière de Fantasy, j’ai du mal à penser que la religion puisse autant poser problème dans un monde futuriste (douce utopie, je le sais). J’ai eu une impression constante de retour en arrière. Je ne pouvais m’empêcher de voir l’histoire se dérouler dans un temps plus ancien et chaque mention de technologie me ramenait dans le futur. J’ai sincèrement eu du mal à m’y faire.

Donc au final pourquoi ai-je dit plus haut que ce livre gagnerait à être connu ? Je réalise que jusque là je n’ai fait qu’émettre des critiques alors que Yzé et le palimpseste a incontestablement du bon en lui. Et surtout, malgré tous les défauts et les maladresses que j’ai pu lui trouver, j’avais quand même envie de connaître la suite parce que l’intrigue est vraiment prenante. Comme je le disais, le scénario tient la route et on sent qu’il y a un véritable travail en amont. L’univers créé par l’auteur est riche, longuement pensé, consistant. Quatre « clans » s’affrontent et chacun est persuadé de détenir la vérité, ce qui fait qu’il n’y a pas de véritable méchant (sauf Ashahell) dans cette histoire, uniquement des clans, presque des partis politiques, qui veulent ce qu’il y a de mieux pour l’humanité et qui ont de vraies raisons de se battre. Une fois de plus la peur de l’autre, de ce que l’on ne comprend pas, mène la danse mais n’est-ce pas toujours le cas ?

Le style est fluide et c’est un pur bonheur de voir que l’auteur ose utiliser des mots qu’on ne croise pas souvent en littérature fantasy (à croire que le lecteur lambda a un vocabulaire limité …) sans pour autant tomber dans le pompeux, je vous rassure. Le rythme est soutenu malgré quelques longueurs, les rebondissements sont nombreux et je tiens à souligner que je ne les ai pas toujours vus venir. Il y a des choses auxquelles je ne m’attendais pas et j’aime qu’on me surprenne. Plus l’histoire avance et plus elle s’assombrit, plus elle devient compliqué. Il n’y a pas seulement le mystère qui entoure Yzé (cette prophétie dont personne ne veut lui parler, tout ça tout ça) il y a surtout cette histoire d’ancienne magie, celle-là même que les Wicce semblent avoir oublié depuis longtemps, celle dont ils semblent avoir peur. Des sorciers qui ont peur de leurs pouvoirs ? Je ne peux pas m’empêcher d’être intriguée et de vouloir savoir comment ils en sont arrivés là. Du plus si Yzé ne sait pas à quoi s’attendre de la part de ses ennemis, l’alternance de point de vue fait que leurs plans n’ont pas de secret pour le lecteur, ce qui fait incontestablement monter notre appréhension, tout comme le niveau de suspense.

Bref, une saga fantasy dont il me tarde de lire la suite !

Note : 7/10

 

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