Sous la même étoile

Sous la même étoileAvatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Kelley York
Editeur : Pocket Jeunesse
Date de sortie : 16 juin 2016
Nombre de pages : 285
Format : Broché
ISBN : 978-2266263696
Statut : Tome unique

« Je dis juste que … cette fille, elle avait peut-être l’impression de ne pas avoir d’autres solutions. Peut-être que, pour certains, il n’y en a pas. Quand on se sent à ce point piégé, oppressé, brisé, …. Quand on a l’impression de couler, on peut avoir envie d’entraîner les autres avec soi. […] Parfois, conclut-il, les gens sombrent dans le désespoir, et personne ne les entend. »

Synopsis :

Une fois le lycée terminé, Hunter et sa demi-sœur Ashlin décident de prendre une année sabbatique et d’emménager chez leur père. Là-bas, ils retrouvent Chance, un garçon fantastique avec qui ils passent tous les étés depuis l’enfance. Si le jeune homme les a toujours fascinés, Ashlin et Hunter éprouvent bientôt pour lui de tout autres sentiments. Mais ils comprennent aussi que les excentricités de Chance dissimulent une vérité bien plus noire …

L’avis de Tomie :

Pour être franche, ça va faire deux semaines que j’ai terminé la lecture de ce livre et que je cherche ce que je pourrais bien vous dire dessus. J’ai dû recommencer cette chronique une bonne dizaine de fois parce que cette histoire me chamboule toujours autant malgré les deux semaines que j’ai laissé passer. Quelque chose me dit que je n’arriverais jamais à prendre de recule sur ce livre, donc tant pis, je me jette à l’eau.

Sous la même étoile avait tout pour me plaire. Une histoire d’astronomie, une couverture agréable (et croyez-moi ça ne m’était pas arrivé depuis longtemps !) mais aussi un fond d’homosexualité. Comment dire non ? Je n’ai pas pu et je me suis ruée sur cette lecture dès que j’ai eu le livre entre les mains. J’avais un peu peur malgré tout d’un pseudo triangle amoureux, mais surtout d’une romance d’un banal affligeant. Et bien non. Parce que pour une fois, pour une foutue fois dans un roman Young Adult, le garçon ne choisit pas la fille. Merlin que ça fait du bien ! Je n’ai évidemment pas écumé tout le rayon Young Adult mais je peux compter sur les doigts d’une seule main les triangles amoureux qui ne finissent pas en romance hétéro. Donc Sous la même étoile qu’est-ce que c’est ? Une histoire d’amitié, avant tout. Ashlin et son demi-frère Hunter décident de prendre une année sabbatique pour rester chez leur père toujours en convalescence après s’être fait tirer dessus dans l’exercice de ses fonctions. Mais ils le font aussi pour Chance, ce garçon qu’ils connaissent depuis l’enfance et qu’ils ne voient que pendant les vacances d’été. Tout ce joyeux petit monde passe du temps ensemble, les jeunes adultes se trouvent même un travail tandis que le père continue de guérir. C’est un point de départ simple en apparences mais il me plaît beaucoup (me demandez pas pourquoi, j’en sais rien). La simplicité a du bon, parfois. Pas besoin d’accumuler les problèmes à résoudre, les obstacles à surmonter, les « coups du sort » qui font que le héros a déjà une sacrée épine dans le pied dès le début du récit. Non, ici les choses sont simples et légères et je ne m’étais pas rendue compte à quel point ce genre d’histoire m’avait manqué. Bref.

Le récit se fait à deux voix (une alternance de chapitres entre Hunter et Ashlin) ce qui ne se révèle pas particulièrement utile au début puisque nos deux héros ne se séparent jamais. Ce n’est vraiment qu’à la fin, lorsqu’ils ont tous deux un plan d’action différent à suivre, que ce choix se justifie. Honnêtement quand je m’en suis rendue compte, je me suis dit que l’histoire aurait eu tout à gagner à se dérouler à la troisième personne. Mais passons. Je n’ai vraiment rien à reprocher à l’écriture. Le style est fluide, on tourne les pages sans même s’en rendre compte. Il y a même un côté addictif parce qu’on veut absolument savoir ce qu’il va se passer ensuite. J’ai eu du mal à lâcher le livre avant de l’avoir fini. Parce qu’il y a ce fameux triangle amoureux (très bien amené, d’ailleurs) mais il y a aussi ce secret qui semble entourer Chance. On sait que ce sera quelque chose d’horrible la question est de savoir horrible à quel point. Tous les personnages sont bien conçus et surtout touchant, chacun à leur manière. Ma préférence va incontestablement à Hunter parce qu’il lutte avec ses sentiments et ce genre de personnage m’a toujours fascinée.

Comme dit précédemment, j’avais un peu peur que le triangle tourne vite en romance hétéro. Si Ashlin sous-entend assez vite (même si tout est relatif) qu’elle aimerait plus qu’une simple amitié avec Chance, les sentiments de Hunter sont vraiment traités tout en pudeur. J’ai même véritablement cru qu’il ne l’avouerait jamais. J’ai redouté la fameuse crise de l’identité sexuelle (« naaaan j’peux pas être gay, pourquoi mouaaa » gna gna gna) mais heureusement Kelley York nous épargne ça et ça fait un bien fou. Hunter est véritablement touchant. Ce n’est pas parce que Chance est lui aussi un garçon qu’il a peur de l’aimer mais parce qu’il est Chance. Et Chance est … un mystère à lui tout seul. Ashlin et Hunter découvrent que contrairement à ce qu’il leur a toujours dit, leur ami d’enfance ne vit pas dans une grande maison, ses parents ne sont pas overbookés par leur travail et il n’a pas une famille unie et aimante. Je ne vais pas mentir, la vérité sur le quotidien de Chance n’a pas été une révélation pour moi. Les signes étaient là et si Hunter et Ashlin refusaient de les voir, le lecteur ne pas passer à côté. Les sentiments qu’il éprouve pour ses deux amis ne sont pas mis au clair dès le début, ce qui nous permet de douter sur la finalité de la romance. Mais rapidement on réalise que Ashlin ne l’intéresse pas. Ou plutôt que Hunter l’intéresse un peu trop. Chance n’a aucun problème à avouer ses sentiments pour Hunter et c’est sans doute ça qui fait que Hunter doute un peu au début. On se prend à espérer, à prier pour que ces sentiments réciproques soient la clé de tous leurs problèmes, que l’amour vrai triomphe du mal (oui c’est niais mais c’est raconté de telle sorte qu’on veut vraiment y croire). Le souci est que Hunter ne peut pas avoir confiance, donc il ne peut pas avouer (et surtout s’avouer) qu’il est amoureux de Chance. Comment le pourrait-il puisque Chance lui a menti toute sa vie et continue encore à le faire ? Par honte, certes, mais Hunter ne voit pas les choses de cette façon. Parce que lui n’a jamais rien caché à Chance. Il a toujours été honnête avec lui et ne peut pas s’autoriser à aimer quelqu’un qui n’a pas suffisamment confiance en lui pour lui dire la vérité, même si elle fait mal à entendre, même si elle est horrible, même si elle fait pleurer. Je ne peux pas reprocher ça à Hunter, bien au contraire. J’ai eu du mal à m’attacher à Chance à cause de son côté excentrique, à la limite de l’ovni, et de sa propension à mentir, à tout nier en bloc. Ce n’est que lorsqu’il a commencé à en dévoiler plus sur lui qu’il m’a véritablement intéressée. Et je me revoie encore en train de m’énerver sur mon livre, me retenant de crier à Chance de cracher cette foutue vérité pour que lui et Hunter puissent enfin être heureux ensemble, cette foutue vérité que l’on devine en tant que lecteur, cette foutue vérité que Ashlin et Hunter ont fini par comprendre eux aussi. Quel est le point de continuer à se taire si tout le monde sait déjà ? Une partie de moi s’est vraiment prise d’affection pour Chance mais l’autre lui en voulait de s’enliser encore plus dans les mensonges quand la vérité aurait permis de faire avancer les choses.

J’ai vraiment aimé cette amitié forte entre les trois personnages, cette notion de famille qui  ne se limite pas aux liens du sang, la façon dont sont traités les sentiments, un amour pur sans jamais tomber dans le mielleux ou le niais, l’humour ici et là, voir les héros quitter doucement l’enfance pour rejoindre le monde plus dur des adultes, cette fichue frustration devant leur incapacité à faire changer les choses. Ça aurait pu, bon sang, ça aurait dû être un livre absolument génial. Le problème se situe dans cette fin qui n’en est pas une. Je me retrouve avec une tonne de questions, des petits mystères qui ne trouveront jamais de réponse (est-ce que le camion qui manque au boulot de Hunter a été volé par le père de Chance ? Est-ce que Chance monte dans ce même camion et se retrouve donc entre les griffes de son père et ne s’en rend compte que trop tard ou ne s’agit-il que d’une coïncidence ?), une envie qu’il se passe autre chose, quelque chose de plus, de mieux, pour arranger définitivement cette montagne de problèmes et avoir enfin droit à ma happy end. Parce que cette fin ouverte est à mes yeux un véritable acte de lâcheté. Est-ce que l’auteur ne savait pas comment finir ? Est-ce qu’elle ne se sentait pas la force d’aller au bout de son projet ? Ce qu’elle a fait n’est pas juste, ni pour nous lecteurs, ni pour ses personnages.

S’il y a une suite, ce livre entrera directement dans le top 5 de mes coups de cœur. Mais s’il n’y en a pas, si l’histoire en reste là, alors Sous la même étoile finira dans ma liste de ces livres qui ont raté leur coup et qui m’ont profondément déçue alors qu’ils avaient tout pour être parfaits.

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