Replay

Avatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Ken Grimwood
Editeur : Point
Date de sortie : juin 1997
Nombre de pages : 432
Format : Poche
ISBN : 978-2020321266
Statut : Tome unique

« Chaque vie avait été différente, car chaque choix est toujours différent, imprévisible dans ses conséquences et son aboutissement. Mais ces choix devaient être faits, se dit Jeff. Il avait appris à accepter les pertes éventuelles dans l’espoir qu’elles seraient plus que compensées par les gains. Le seul véritable échec, et le plus douloureux, aurait été de ne prendre aucun risque. »

Synopsis :

A 43 ans, Jeff Winston meurt subitement d’une crise cardiaque, laissant derrière lui une vie médiocre et un mariage à la dérive. Quelle n’est pas sa stupeur lorsqu’il se réveille … dans sa chambre d’étudiant, âgé de 18 ans. Dans ce passé, sa vie recommence comme avant. Sauf qu’il a gardé le souvenir de sa précédente existence …
Qui n’a jamais rêvé de pouvoir revivre son passé fort de son expérience d’aujourd’hui ?

L’avis de Tomie :

Alors qu’il est au téléphone avec sa femme Linda, Jeff réalise à quel point sa vie est morne et monotone. Mauvais choix, hésitation constante, peut-être aussi la faute à pas de chance. La romance comme les projets, rien n’avait marché pour eux. Et pourtant lorsqu’il sent cette douleur atroce dans sa poitrine Jeff est sûr d’une chose : il ne veut pas mourir. Le destin, un miracle ou peut-être une entité supérieure l’a entendu : lorsqu’il rouvre à nouveau les yeux, Jeff n’est pas mort mais de retour à l’université, propulsé dans son corps de jeune adulte tout en ayant gardé les souvenirs de cette vie passée dont il est le seul à se souvenir.

Replay m’a d’abord attiré par son titre, qui m’a immanquablement fait imaginer un récit en rapport avec la musique. Première déception en lisant le résumé et pourtant j’en suis venue à me dire « et pourquoi pas ? » tout en redoutant les explications les plus abracadabrantesque concernant cet étrange phénomène. Mais la curiosité était grande et aussitôt acheté, aussitôt commencé !

Tout d’abord Ken Grimwood est très doué pour faire passer les émotions. On ressent sans mal la lassitude de Jeff lorsqu’il contemple sa vie du haut de ses 43 ans. Il n’en est pas suicidaire pour autant, juste fatigué de cette existence ratée qui ne s’améliorera jamais. Finalement c’est presque avec soulagement (du moins pour moi) que survient cette attaque cardiaque qui va le sortir de son ennui. Je n’ai pas souhaité sa mort bien évidement mais j’avais hâte que le fameux phénomène que nous promettait le résumé se produise pour que Jeff ait enfin la chance de bien faire les choses. Et vous, que feriez-vous si vous aviez la possibilité de tout recommencer ? Vaste question ! Jeff lui, commence par plaquer l’université et parier sur les résultats sportifs dont il se souvient afin de se construire une nouvelle existence dorée. Oui c’est de la triche mais j’avoue sans honte que j’aurais fait exactement pareil. Cette nouvelle vie suit son court et, cliché oblige, Jeff réalise que cette existence n’est au final guère plus remplie que la précédente puisque l’argent ne fait pas le bonheur. On sent venir cette réalisation de très loin et c’est dommage.

J’ai été surprise de voir qu’à l’âge de 43 ans, Jeff meurt à nouveau et se réveille encore une fois dans son corps d’étudiant. A partir de là je me suis demandé quel était le but de ce livre. La recherche de la vie parfaite ? Lui faire recommencer son existence jusqu’à ce qu’il trouve enfin celle qui a été faite pour lui ? Un jeu de la part d’une entité supérieure qui s’ennuie ? Un simple tour de passe-passe ? Je l’admets, j’ai passé une bonne partie de ma lecture à tenter de comprendre le phénomène ce qui fait que je ne me suis pas toujours réellement plongée dans les différentes vies de Jeff. Surtout lorsque les clichés s’enchainent : tout d’abord la richesse, ensuite la tentative d’une histoire d’amour parfaite, voir plus grand et tenter de changer la face du monde, réaliser que tout est vain et sombrer dans la drogue et le sexe, tenter de trouver des réponses en dévoilant le phénomène au monde entier. Et après ? Il y a dans Replay trop de vies à mon goût. Surtout lorsqu’on ne sait pas où l’on va, lorsqu’on ignore quel est le but de tout ça. Je n’ai jamais eu l’esprit cartésien mais j’aime comprendre l’intérêt de faire telle ou telle chose et en ce qui concerne les déboires de Jeff, je cherche encore. Lui a-t-on fait endurer tout ça pour qu’il réalise que le meilleur dans la vie, ce sont les petites choses ? Qu’une existence ne pourra jamais être parfaite ? Qu’il faut savoir se contenter de ce qu’on a ? Si c’est ça le message du livre j’ai envie de répondre : tout ça pour ça ? Apprenez-moi quelque chose que je ne sais pas déjà.

Même si le concept est passionnant, j’ai connu quelques longueurs, notamment lorsqu’intervient dans l’histoire le personnage de Paméla. Je ne saurais vous dire pourquoi mais je ne suis pas parvenue à m’attacher à elle. Pire encore, certaines de ses réactions m’ont laissé perplexe. Je conçois qu’elle ne réagisse pas au phénomène du replay comme le fait Jeff (le contraire aurait d’ailleurs été ennuyeux) mais je me suis lassée de la voir fuir devant le moindre problème. Elle fuit lorsqu’elle découvre que Jeff a passé plusieurs année avec elle avant qu’elle ne se souvienne de son replay, elle fuit lorsqu’elle ne supporte pas la pression, elle fuit lorsqu’elle a tort, … Bref, elle ne fait que courir face aux problèmes, ce qui m’énerve prodigieusement. Peut-être l’écart est-il trop grand entre Jeff qui accepte tout sans broncher et Paméla qui nie en bloc tout ce qui la dérange. Ou peut-être n’ai-je tout simplement pas accroché avec ce personnage qui manque un peu de profondeur. Sans oublier que leur histoire d’amour m’a étrangement laissé de marbre et prend trop de place à mon goût (moi qui pourtant ne jure que par ça !).

Chaque vie nous fait prendre conscience des travers de l’humanité mais aussi de ses bons côtés. Chaque vie nous amène à nous poser des questions, à émettre des jugements malgré nous, et nous attache un peu plus à Jeff. Sa descente aux enfers a été passionnante à lire, et quelle claque me suis-je pris lorsque j’ai réalisé la « trahison » de Mireille ! Je pensais que Jeff avait enfin trouvé quelqu’un qui ne le jugerait pas, je me suis royalement trompé. En revanche ce repli sur lui qu’il effectue dans une vie suivante m’a ennuyée. L’importance de la nature, vivre en harmonie avec les éléments, … La théorie est intéressante mais en lire le récit ? Cette vie m’a semblé bien longue. Alors quand en plus lors d’un autre replay Jeff s’y adonne à nouveau … En fait je crois que ce que je reproche vraiment à Ken Grimwood c’est d’avoir été trop sage. Trop cliché, trop américain moyen avec son personnage principal. Il y avait tellement de possibilités bien plus dingues ou plus excitantes ! J’ai aimé suivre Jeff, bien sûr, mais il m’a manqué une vie de folie, une vie d’excès où tout lui serait permis et où il en profiterait entièrement.

Il parait qu’une seconde lecture de Replay offre une toute nouvelle vision des choses sur l’histoire. Je vais donc laisser passer quelques mois, peut-être quelques années avant de l’ouvrir à nouveau. On verra si se dégage un autre niveau de lecture, si cette fois je ne commence pas à me lasser arriver à la moitié du livre.

Note : 6/10

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