Red Son

Red sonAvatar Tomie (fond violet)
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Scénariste : Mark Millar
Dessinateur : Dave Johnson
Editeur : Urban Comics
Date de sortie : 6 février 2014
Nombre de pages : 176
Format : Intégral
ISBN : 978-2365772228
Statut : Tome unique

« Mon désir d’ordre et de perfection n’avait d’égal que leurs rêves de violence et de chaos. Je leur offrais le Paradis : ils se battaient pour avoir le droit de vivre en Enfer. »

Synopsis :

Ukraine, 1938. Une fusée s’écrase en pleine campagne : à son bord, un bébé qui va être rapidement adopté par un couple de fermiers. Des années plus tard, l’enfant a grandi au sein d’un régime stalinien. Il devient alors le héros des travailleurs et la fierté de l’Etat soviétique. Son nom ? Superman ! Mais lorsque Joseph Staline meurt, c’est à cet homme de fer qu’il incombe de diriger et de faire fructifier un empire à l’abandon …

L’avis de Tomie :

Le vaisseau de Kal-El ne s’est pas écrasé au Kansas mais en URSS, si bien que Clark a grandi dans un environnement communiste qui déplore l’impérialisme américain. Le jour où il se sent prêt, il fait part de ses capacités spéciales à Staline, qui décide alors de le présenter au reste du monde comme étant son nouveau protecteur et sa nouvelle arme. Superman devient malgré lui un symbole à la fois adulé et redouté, le communisme personnifié. Inquiets, les États-Unis donnent carte blanche au génie Lex Luthor afin de trouver un moyen de contrer Superman s’il décide un jour de s’en prendre à eux.

Je ne l’ai jamais caché, entre Superman et moi c’est pas franchement une grande histoire d’amour. Mais le voir transposer en URSS m’intriguait énormément, donc je me suis laissé tenter. Red Son a, il faut bien l’avouer une idée de départ vraiment intéressante. Après tout, pourquoi est-ce que les super héros officieraient toujours aux USA ? Les autres pays aussi ont droit à leurs capes, que diable ! Ok le coup du gentil qui devient méchant a déjà été fait dans d’autres domaines, mais la littérature n’est-elle pas un éternel recommencement ?

Superman dévoile au monde l’étendu de ses capacités sans pour autant faire le mal. Il ne cherche pas à attaquer ou à affaiblir les Etats-Unis, juste à leur montrer ce dont il est capable et ce qu’ils risquent si jamais ils tentent de s’en prendre à son pays d’adoption. Superman inspire la peur au citoyen lambda et c’est, du moins en ce qui me concerne, la première fois que je lis ce genre de réaction vis-à-vis de ce héros. Ici les gens (y compris ses compatriotes) redoutent la moindre de ses capacités. Ils n’osent pas critiquer le gouvernement de peur que Superman ne les entende, tout comme ils osent à peine traverser en dehors des clous de peur qu’il ne les voit. Superman n’est pas omniscient, il ne peut pas surveiller constamment le moindre recoin de la Terre mais ses pouvoirs sont suffisamment inquiétants pour faire trembler la population.

Red Son est une lecture vraiment intéressante. La question centrale est à mon sens celle-ci : peut-on faire le bonheur des gens malgré eux ? Superman rêve d’un monde où la race humaine ne connaîtra plus aucun accident, aucune maladie, aucun danger. Certes il y parvient sur la durée, mais à quel prix ? Il leur vole leur libre-arbitre, leur droit à la réflexion simplement parce qu’il veut les protéger. Rares sont ceux qui s’y opposent mais il y en a, comme les États-Unis, qui ont refusé un partenariat avec l’URSS quand le reste de la planète bleue a dit oui. D’autres anonymes tentent de lutter mais finissent lobotomisés (pardon, « reprogrammés ») par Superman. Pendant ce temps Lex Luthor s’enfonce dans sa folie en tentant de trouver un adversaire qui soit à la mesure de son ennemi soviétique (et crée des trucs plutôt flippant) pendant que le gouvernement américain perd l’autorité qu’il avait sur son peuple. Le pays sombre lentement mais est libre de ses choix tandis que le reste du monde prospère mais a perdu sa liberté. Superman pense indéniablement faire le bien et ne voit pas les torts qu’il cause. Mais d’autres, comme Batman, en ont parfaitement conscience et tentent de s’opposer à lui. Honnêtement je ne m’attendais pas à voir surgir Batman au milieu de cette histoire. Lui aussi est devenu soviétique (là j’avoue ne pas avoir compris pourquoi Millar ne l’a pas laissé américain … Une question de proximité géographique, probablement) et tente de libérer son pays de la coupe de Superman. Batman n’est pas le seul autre héros que l’on croisera au fil de cette lecture. Wonder Woman sera également présente, même si elle fait pas mal de figuration au début. Ses sentiments pour Superman l’aveuglent et la poussent à faire un acte dont elle ne ressortira pas indemne. Je n’ai guère d’affection pour cette héroïne mais la voir s’enfoncer dans le déni, la voir se sacrifier pour un homme qui ne la regarde même pas ne peut pas me laisser indifférente.

Puisqu’on en est à parler sentiments, c’est un point plutôt négatif pour ce comic. Je m’explique : même si c’est lui qui raconte l’histoire, on nous présente depuis le début un Superman en retrait émotionnellement, presque froid, tactique, concentré sur son idéal. Je ne suis pas parvenue à m’attacher à lui pendant une bonne partie de ma lecture parce qu’il ne dégage aucune émotion. Il fait ce qu’il a à faire, point. Il y a certes une petite étincelle lorsqu’il rencontre Loïs Lane pour la première fois mais elle est déjà mariée à un autre homme, donc Superman l’oublie très rapidement parce que Superman ne touche pas aux femmes des autres, bla bla bla. Superman laisse échapper quelques sentiments lors du grand final mais c’est bien peu, sur toutes ces années qu’il a passé à « protéger » la race humaine. Ce Superman manquerait presque de profondeur tant il est dévoué uniquement à cette utopie qu’il s’est mis en tête.

Et que dire de ce grand final ? Wouh, c’est à vous retourner le cerveau ! Quand on pense aux implications, au fait que Lex Luthor et Superman sont peut-être plus liés qu’on ne le pense, que Superman n’est peut-être pas si extraterrestre que ça, … C’est une idée complètement dingue mais Merlin qu’elle est bien trouvée !

Au final la seule chose qui m’ait réellement dérangée dans cette lecture vraiment passionnante, c’est qu’une fois de plus les communistes sont les méchants et les étasuniens sont les gentils (alors que Lex Luthor est franchement dérangé et passablement psychotique). Quand Superman est du côté des USA il est parfait, mais il devient étrangement totalitaire quand on le met du côté soviétique. Par contre, comment se fait-il qu’il s’appelle toujours Superman ? Je vois mal l’URSS affubler son héros d’un nom bien américain. Mais je chipote, comme toujours 😉

Note : 8/10

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