Le piège de l’innocence

Avatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Kelley York
Editeur : Pocket Jeunesse
Date de sortie : 17 Novembre 2017
Nombre de pages : 314
Format : Broché
ISBN : 978-2266263290
Statut : Tome unique

« Ces lettres d’amour sont trop personnelles, donnent trop d’éléments sur lui. Rien de plus facile que d’éprouver de l’indifférence ou de détester quelqu’un dont on ne sait rien, si ce n’est qu’il a commis un acte odieux. »

Synopsis :

Vic Howard a toujours été transparent, ignoré de tous, même de sa propre mère. Un soir, alors qu’il s’ennuie à une fête, il remarque que Callie, une fille de son lycée, a beaucoup trop bu. Il décide de lui venir en aide. Au matin, la police sonne chez Vic : Callie a été violée, il est le principal suspect. Du jour au lendemain, il est le centre de l’attention, tous le considèrent coupable. Sauf Autumn, la meilleure amie de la victime, qui compte bien s’allier à Vic pour découvrir une vérité que tout le monde préfère taire.

L’avis de Tomie :

Vic Howard a toujours été transparent. Sa timidité naturelle et son bégaiement ne l’aident pas à se sociabiliser. Les moqueries et les taquineries lui sont néanmoins épargnées grâce à son amitié avec Brett, particulièrement populaire. Tout les différencie et pourtant les deux amis sont inséparables au point que Vic se laisse entraîner par Brett dans des fêtes où il ne s’amuse pas, où il ne se sent pas à sa place. Un jour à l’une de ces fêtes, Vic aide Callie, une jeune fille de son lycée, à trouver un peu de tranquillité dans une des chambres afin qu’elle puisse se reposer suite à sa trop grande consommation d’alcool. Il n’aurait jamais pu imaginer que le lendemain des policiers viendrait frapper à sa porte parce que Callie l’accusait de viol, ni que sa propre père ne croirait pas à son innocence.

Je connaissais déjà Kelley York pour son livre Sous la même étoile, qui m’avait laissé entre deux eaux avec une histoire particulièrement addictive et une fin plus que décevante. Mais j’avais adoré cette façon qu’avait l’auteur de nous décrire les sentiments de ses personnages donc j’ai décidé de retenter l’aventure avec Le piège de l’innocence. Pour mon plus grand bonheur, les sentiments et le ressenti était bien là.

Les livres traitant de la thématique du viol sont nombreux de nos jours mais tous, ou presque, se placent du point de vue de la victime. Le piège de l’innocence prend, pour une fois, le parti de l’accusé. Dès le début nous savons que Vic n’est pas coupable, ce qui bien évidemment aide à s’attacher au personnage. Du moins dans une certaine mesure. Vic est avant tout une personne transparente, peu sûre d’elle, très hésitante, sensible, et je reconnais avoir eu un peu de mal à m’intéresser à lui. Sans doute l’auteur a-t-elle trop bien perfectionné son personnage au point de le rendre inintéressant même pour le lecteur. Vic ne proteste jamais, ne lève jamais la voix et accepte toutes les misères que la fatalité peut lui envoyer. Je l’ai trouvé parfois trop enfantin, trop naïf, dans ses pensées et ses actions. Au final Vic n’est intéressant que lorsqu’on l’associe à d’autres personnages. Je m’explique : j’ai été vraiment intriguée par la relation étrange qu’il entretient avec sa mère. Au début on ne comprend pas cette distance qu’elle met entre eux ni pourquoi elle est si prompt à le croire coupable. La vérité se devine au fil des pages et elle n’est vraiment pas belle à voir. La relation (ou plutôt son absence) qu’il entretient avec son père est elle aussi très intéressante. Comment détester son propre père même s’il a commis un acte horrible ? J’ai été déçue que Vic n’aille pas au bout de son action, même si je peux le comprendre. Et puis il y a sa relation avec Autumn. Cette jeune fille est tout le contraire de Vic. Soyons honnête, sans Autumn, Vic serait encore à pleurer sur son sort et aurait probablement finit sa triste vie sous le regard accusateur des autres habitants de la ville. Si cela renforce mon intérêt pour Autumn, fatalement je me désintéresse un peu plus de Vic, ce qui est dommage. La romance entre les deux est intéressante à suivre et ne prend pas le pas sur la trame principale de l’histoire, ce qui j’ai énormément apprécié. Pas que je n’avais pas envie de quelque chose entre ces deux là (c’était d’ailleurs plutôt prévisible) mais j’aurais trouvé dommage qu’ils se concentrent sur leur idylle et oublient Callie et tout le reste.

Comme je le disais plus haut, le point fort de Kelley York sont les sentiments. Parler de viol n’est jamais facile mais ici la victime est parfaitement crédible. On ressent sans mal la détresse de Callie mais aussi son envie de s’en sortir malgré sa peur, sa volonté de continuer à vivre malgré ce qui lui est arrivé. Je ne dirais pas qu’on ne la plaint pas mais on ne s’apitoie pas sur son sort justement parce qu’elle-même ne le fait pas, et c’est un vrai bonheur de la voir lutter pour reprendre sa vie en main. Mais je pense que la plus belle réussite de l’auteur concernant Le piège de l’innocence est de ne jamais porter de jugement. Ce serait facile de mettre tout sur le compte de l’alcool ou des tenues affriolantes que portent parfois les adolescentes. Heureusement ici Kelley York ne juge pas, ne prend pas parti, elle énonce simplement un évènement tragique sans jamais désigner de coupable alternatif. Il aurait été facile de charger la victime à cause de sa tenue ou le coupable à cause de sa trop grande consommation d’alcool (et autres). Callie se trouvait au moment endroit au mauvais moment en compagnie de la mauvaise personne, point final.

Le plus gros point faible de ce roman est incontestablement le fait qu’on devine sans mal qui est le véritable violeur. Je ne saurais même pas vous dire précisément ce qui m’a mis sur la voie mais en quelques chapitres le mystère était déjà résolu. Je n’arrive pas à savoir si c’est ou non volontaire de la part de l’auteur étant donné que je n’ai pas réellement mené mon enquête. La vérité m’est apparue devant les yeux, tout simplement. J’ai néanmoins continué ma lecture avec l’espoir de me tromper, avec l’inquiétude que le véritable coupable ne soit jamais démasqué (vu le manque de motivation de la police, ça n’aurait rien eu d’étonnant !), mais surtout avec l’anxiété de découvrir comment Vic allait réagir, comment il allait être affecté par la vérité. A ce propos j’ai d’ailleurs adoré son moment d’hésitation lorsqu’il comprend enfin : doit-il se taire pour protéger le coupable ou au contraire le dénoncer pour assurer une certaine paix de l’esprit à Callie ? J’ai vraiment cru qu’il se laisserait embobiner et ne dirait rien. Le dernier rebondissement qui en découle m’a semblé à la fois lâche (de la part du violeur) et trop facile (de la part de l’auteur). Au final le coupable ne paiera jamais pour son crime et je trouve ça dommage pour un roman Young Adult.

J’en suis néanmoins venu à me demander si cette thématique du viol n’était pas qu’un prétexte pour tout le reste. Grâce à ça Vic crève enfin l’abcès avec sa mère, en apprend plus sur ce père inconnu qu’il a toujours idéalisé, sort du giron de son meilleur ami, trouve l’amour, … Le récit tourne autour de Vic donc c’est normal qu’il lui arrive tout un tas de péripéties mais j’ai souvent eu le sentiment que l’accusation qui planait sur lui était relégué au second plan. Je pense que j’aurais d’avantage apprécié si Vic avait réellement été soupçonné par tout le monde, s’il y avait eu plus de répercussions. Parce qu’au final même s’il se fait un peu bousculer au lycée et que sa mère réagit étrangement, Vic est rapidement innocenté par la police (du moins si on se base sur les preuves) et je n’ai jamais réellement été inquiète concernant son avenir. Je n’ai jamais douté qu’il ne finisse pas par être déclaré non coupable. En revanche j’ai longuement redouté que le véritable coupable ne soit jamais identifié. J’ai envie de dire que le poids du viol de Callie ne pèse pas assez sur Vic, qu’il n’y a pas assez de conséquences. Parce que quand on y regarde bien, l’histoire reste tout de même très gentillette. Vic ne se débat pas assez avec la justice et laisse trop souvent faire les autres. Je n’aime guère la politique du « j’attends sagement de voir ce qu’il adviendra ». Et c’est dommage parce qu’avec un peu plus de désespoir, un peu plus de torture psychologique envers Vic, un peu plus de prise de risque de la part de l’auteur, Le piège de l’innocence aurait pu se révéler tout simplement passionnant !

Note : 6/10

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