Les Prodiges

Les prodigesAvatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Jeremy Scott
Editeur : Michel Lafon
Date de sortie : 24 mars 2016
Nombre de pages : 415
Format : Broché
ISBN : 978-2749928203
Statut : Tome unique

« Il mérite de mourir, oui. Et tu sais quoi ? Tu mérite peut-être de le tuer. Mais tu veux que je te dise autre chose ? Faire partie des gentils signifie que l’on n’obtient pas toujours ce qu’on mérite. Tout ne va pas toujours dans le sens qu’on veut et on est parfois obligé de préférer le bien commun au désir de son propre cœur. »

Synopsis :

Ils sont six. Ils sont handicapés. Personne ne croit en eux. Pourtant leurs pouvoirs sont incroyables. Ils sont les prodiges.
Des supers-héros comme vous n’en avez jamais vu !

L’avis de Tomie :

Lorsque son père lui annonce qu’il est temps d’avoir une discussion sérieuse, Phillip, douze ans et aveugle de naissance, craint aussitôt le pire. Il ne veut pas de cette discussion qui ne pourra qu’être gênante, et surtout pas avec son père. Mais tandis que Phillip s’attendait à devoir écouter un discours maladroit sur les hormones et la sexualité, son père lui révèle qu’il possède des pouvoirs, comme le reste de leur famille, et surtout comme le reste de cette ville, Freepoint, dans laquelle ils ont emménagé il y a quelques mois. A la rentrée prochaine, Phillip intégrera une école pour super héros où il apprendra à maîtriser sa télékinésie. Lui qui se voyait déjà digne de ses super héros préférés (mais totalement fictifs) tel Batman ou Superman, il va rapidement déchanter. Oui il intègre bien une école de super-héros, mais à cause de son handicape il se voit contraint d’intégrer une classe spéciale et Philip se sent aussitôt mis à l’écart, encore une fois traité différemment. Il y rencontrera pourtant d’autres adolescents dont il va vite devenir inséparable.

Une fois de plus c’est un livre dont je n’avais pas entendu parler, donc que je n’avais pas prévu d’acheter. Je ne saurais même pas vous dire pourquoi Les Prodiges m’a attiré en premier lieu. Peut-être à cause de ce gamin en chaise roulante dont la pose me rappelait indubitablement le professeur Xavier des X-men. Forcément, dès qu’il est question de super-héros, moi j’accoure ! Et puis bon, le résumé, aussi bref soit-il, donnait envie, on ne va pas se le cacher. Parce que des gamins dont le handicap devient la plus grande force ? Sacrée promesse !

Alors, promesse tenue ? J’ai envie de dire non. Attention, je tiens à préciser que ce fut vraiment une bonne lecture malgré quelques couacs mais, encore une fois, j’estime que le résumé est trompeur. Parce qu’on dira ce qu’on voudra, les pouvoirs de ces « prodiges » ne sont pas incroyables : Phillip est télé-kinésiste. Problème ? Pour faire bouger des objets il a besoin de connaître non seulement leur forme mais aussi leur poids, ce qui est rendu quasiment impossible à cause de sa cécité. James est capable de se téléporter n’importe où du moment qu’il a bien l’image du lieu en tête mais il est lui aussi aveugle, donc incapable de visualiser la plupart des lieux. Freddie est capable de devenir gigantesque mais son asthme le paralyse aussitôt et l’oblige à reprendre une taille normale. Bentley a des capacités cérébrales supérieures mais son corps, atteint d’ataxie, le ralenti. Donnie est un trisomique dont personne ne connait véritablement le pouvoir. Henry, lui, est capable de lire dans les esprits mais est coincé dans un fauteuil roulant. Donc oui ils ont des pouvoirs, mais en matière de super-héros, on a déjà vu mieux … Mais passons.

Pouvoirs mis à part, suivre Phillip dans ce nouveau lycée est presque comme suivre un lycéen lambda. Il y a même la brute de l’école, toujours là pour intimider les petits nouveaux et surtout pour rire au détriment des élèves un peu différents. La classe spéciale dont fait partie Phillip est donc toute désignée. Mais Phillip y fait face, principalement parce qu’il n’a pas vraiment d’autres choix, mais aussi parce que ses nouveaux amis sont là pour le soutenir. L’auteur n’a pas cherché à jouer la carte de l’apitoiement et c’est définitivement une bonne chose. Au contraire, Phillip semble toujours prendre les choses du bon côté et on oublie facilement qu’il est aveugle. Tout comme oublie facilement les handicaps des uns et des autres, tout simplement parce qu’ils s’entraident, palliant sans sourciller aux « défaillances » les uns des autres. Je reconnais néanmoins que ce point peut facilement devenir une critique. Par exemple la cécité de Phillip devient presque inexistante à partir du moment où Henry ne cherche plus à lire dans l’esprit des autres, donc à prendre des images ou des pensées, mais à en déposer. Il devient les yeux de Phillip et de James, annulant leur handicap. Pourquoi les avoir faits handicapés, alors ? Juste pour pouvoir attendrir un peu le cœur des lecteurs en jouant la carte de la complémentarité de leur amitié ? Ou peut-être pour pointer du doigt les préjugés qu’ont la plupart des gens envers ceux qui sont un peu différents ? Si c’est le cas, je suis totalement passée à côté. Peut-être parce que je ne m’apitoie pas sur le sort d’un aveugle, d’un sourd ou d’un mec en fauteuil roulant. Je ne m’apitoie pas non pas parce que je ne suis pas capable de compassion mais tout simplement parce que je ne vois pas leur handicap comme un problème. Je ne vais pas les regarder avec pitié quand c’est bien la dernière chose dont ils ont besoin. Qu’un ami soit muet ou qu’il parle sans cesse, pour moi c’est pareil. Les prodiges n’a donc pas touché ma corde sensible.

Mais ça n’a pas vraiment d’importance puisque ici c’est l’action qui prime sur les sentiments. Même si l’histoire est un peu longue à se mettre en route, les choses finissent par bouger une fois Phillip bien intégré à son nouveau lycée. Les six amis espèrent avoir l’occasion de prouver qu’ils valent tout autant qu’un super-héros « valide » lors d’une SuperSim, un concours organisé sous la forme d’une simulation, et se retrouvent bien malgré eux au cœur d’un complot qu’ils n’auraient jamais soupçonné. J’ai été un peu déstabilisée par le manque premier de cruauté du soi-disant méchant. Finch se montre courtois, poli, un brin amusant. Pas de quoi nous faire trembler et j’ai commencé par me demander si Jeremy Scott ne se moquait pas un peu de nous avec ce méchant de pacotille. Tout se complique lors de leurs altercations suivantes et Finch devient enfin méchant. Sans doute un peu trop aux yeux de certains, parce que je ne m’attendais pas du tout à une telle tournure ! Je suis restée quelques secondes devant mon livre ouvert à me demander si j’avais bien lu ou si je ne m’étais pas trompé de livre en cours de route. Je ne souhaite à personne ce qu’il inflige à Phillip et je dois bien admettre que je ne l’avais pas vu venir. Avec le recul ce brusque changement est sans doute un peu extrême mais il a au moins le mérite de crédibiliser Finch. Avec d’autres adeptes, il espère faire revivre Celui-qui-peut-tout, ce super-héros ultime qui possède à lui seul tous les pouvoirs possible et imaginable. Une prophétie dit qu’il doit revenir cette année et Finch est déterminé à tout mettre en œuvre pour le faire réapparaitre. Bon, son plan et son but machiavélique sont un peu bancals mais je ne me suis pas ennuyée pour autant. Sans oublier que je ne m’attendais pas du tout à ce qu’il ne s’appelle pas réellement Finch et qu’il soit en réalité une toute autre personne ! J’aime quand un auteur parvient à me surprendre avec une révélation que je n’attendais pas.

En parlant de révélation, je dois cependant admettre que l’identité de super-héros ultime n’a pas été une surprise pour moi. Parvenu à la moitié du livre, c’était devenu une évidence. En revanche, j’ai été profondément révolté par la réaction des habitants de Freepoint. Sans oublier cette tristesse face à ce qu’il advient finalement de Celui-qui-peut-tout. Un vrai destin de super-héros, certes, mais ça n’en reste pas moins injuste. Et encore une fois, c’est une tournure à laquelle je ne m’attendais pas ! Je suis bien obligé de reconnaître que Jeremy Scott maîtrise l’art de créer des rebondissements.

Les Prodiges souffre malheureusement de quelques longueurs et de quelques incohérences. Le premier exemple qui me vient en tête est tout simplement l’âge des protagonistes. Ils n’ont ni le comportement ni les réflexions de gamins de douze ans. Quatorze à la limite, quinze sans aucun doute. C’est à se demander si l’auteur a déjà fréquenter des ado de douze ans. Ils n’ont pas du tout cette maturité, cette débrouillardise ni ce regard sur le monde. Le deuxième exemple concerne un personnage que je n’ai pas abordé pour le moment et que je n’explorerai pas vraiment pour ne pas vous spoiler. On apprend au fil de notre lecture que Chad a perdu un bras lors d’un séjour dans une sorte de camp de redressement pour mineur. Et pourtant on peut lire : « [Chad] s’essuya les mains sur les genoux » ou encore un peu plus loin « nous posant à chacun la main sur une épaule, [Chad] nous rendit tout autant invisible« . Balaise le type, si on part du principe qu’il lui manque un bras, donc une main. Alors faute d’inattention de la part du traducteur ou incohérence de l’auteur ? Va savoir. Mais ça n’en reste pas moins perturbant. La première fois je suis sortie de l’histoire et je suis même remonté le long des chapitres pour vérifier si je n’avais pas mal compris dès le départ et si Chad ne possédait pas encore ses deux bras, contrairement à ce que j’avais pu croire. Mais non, je n’avais pas mal lu.

Mais à part ça j’ai vraiment passé un bon moment. Oui je sais, on ne dirait pas comme ça ! Et pourtant je me suis retrouvée plongée dans l’action, pardonnant sans peine la faiblesse du scénario et les erreurs trouvées ici et là. Je n’ai pas été perturbée par l’absence de fille au sein de cette équipe et j’ai vraiment été grisée par l’humour (parfois noir) des personnages. Si Jeremy Scott décide de faire une suite, j’en serai avec plaisir !

Note : 7/10

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