Les garçons ne tricotent pas (en public)

Les garçons ne tricotent pas*Avatar Tomie (fond violet)
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Auteur : T.S. Easton
Éditeur : Nathan
Date de sortie : 10 mars 2016
Nombre de pages : 356
Format : Broché
ISBN : 978-2092559161
Statut : Tome unique

 

« Je me suis rendu hier chez Mme Frensham, tout à fait prêt à donner en retour. Mais j’ai été confronté à une agression sous la forme d’objets domestiques par une fenêtre de l’étage. Je me suis senti tel le roi Harold assiégeant un château normand. Notamment après qu’un long tube de crème pour hémorroïdes de la marque Superdrug m’a atteint à l’œil. Dans ces circonstances je n’ai pas pris le risque de les lui rendre, de peur qu’elle ne me les rebalance en retour. »

Synopsis :

Ben n’aurait jamais dû : voler de l’alcool dans un supermarché, s’enfuir à vélo, renverser une dame d’un certain âge. D’abord parce que c’est mal. Et ensuite pour ne pas être inscrit dans un programme de « mise à l’épreuve pour jeunes délinquants » complètement débile qui l’oblige … à suivre un cours de tricot.
A moins que … Ben ne se découvre une passion dévorante et tout à fait inavouable pour le tricot ?

L’avis de Tomie :

Ben Fletcher est un lycéen qui n’a pas vraiment choisi ses amis si bien qu’il n’a pas grand chose en commun avec eux. Lui qui est plutôt un enfant sage se retrouve souvent embrigader dans des situations improbables. Cette fois, il s’agit de voler des bouteilles d’alcool qui serviront de droit d’entrer à l’une des fêtes les plus prometteuses de l’été. Malgré les appréhensions de Ben le vol se passe sans encombre. Malheureusement sur le chemin du retour, la bande fait encore des siennes : sur un passage piéton bien précis, Mme Frensham s’occupe de faire traverses les plus jeunes et arrête donc la circulation, mais les amis de Ben ne sont pas décidé à l’écouter. Ils forcent donc le passage et Ben les suit mais contrairement à eux, il se fait attraper par Mme Frensham. Un enchaînement de rebondissements fait qu’il y en a pour treize mille livres de dégâts, sans oublier que Mme Frensham a été blessée, et Ben est désormais sous contrôle judiciaire. Il doit rédiger un journal, faire quelques tâches pour la femme qu’il a soi-disant agressée, mais surtout participer à un atelier parmi : mécanique automobile, tricot, poterie, informatique. N’aimant pas particulièrement la mécanique et s’y connaissant déjà en informatique, il n’a plus que deux options devant lui. Et puisque Mlle Swallow, la prof d’anglais sexy, anime le cours de tricot, Ben opte pour celui-là malgré ses réticences et ses préjugés concernant cette activité. Sauf que le personnel du service de probation s’est encore trompé et que Mlle Swallow n’anime absolument pas le cours de tricot. Dommage pour Ben, il est trop tard pour changer, d’autant plus qu’il se surprend à apprécier cette activité finalement. Il se découvre même un certain talent, au point que sa prof l’inscrive à un concours national.

Les garçons ne tricotent pas (en public) est présenté sous la forme d’un journal, celui-là même que doit rédiger Ben. Toute l’histoire se passe dont de son point de vue mais pour une fois cela ne m’a pas dérangé. Il faut dire que j’étais tellement plongée dans son récit que je n’ai pas eu le temps de me poser beaucoup de questions ! Si je l’ai entamé avec un chouille de scepticisme (notamment à cause de la couverture) et avec une bonne dose de curiosité, je me suis laissée embarquer sans même m’en rendre compte. J’ai suivi Ben dans ses mésaventures sans la moindre arrière pensée. J’ai eu honte avec lui, j’ai ri avec lui, j’ai stressé avec lui, j’ai espéré avec lui, … Bref, j’ai tourné les pages sans le réaliser et j’ai passé un super moment !

Ben est un garçon vraiment simple et gentil, qui a du mal à parler aux filles et qui parfois se demande ce qu’il fait avec Gex, Joz et Freddie. Il n’est pas populaire, pas plus intelligent qu’un autre (même s’il a clairement un esprit scientifique, ce qui fait que certaines de ses analyses m’ont laissé de marbre), bref il est très, très facile de s’identifier à lui. Même s’il a certains tocs qui font qu’on se demande parfois s’il n’est pas très, très légèrement autiste (je ne pourrais pas vous dire pourquoi exactement. C’est plus une impression, un ressenti, mais je me suis poser la question plusieurs fois). Sa bande d’amis est spécialisée dans les plans foireux à la limite du légal (quand ils ne sont pas clairement illégaux) mais ils ont au moins le mérite de faire sortir Ben de sa coquille et de son quotidien, lui offrant des expériences qu’il n’aurait jamais tenté seul (comme aller à la fête de Anaya ou s’incruster dans une boîte de nuit alors qu’il est mineur). Et c’est exactement pour ça que je les aime ! Ils sont tantôt bizarre tantôt lourd mais ils apprécient vraiment Ben. Sa famille est un peu plus … disons un peu moins commune. Sa petite sœur Molly ne fait que de brèves apparitions, sa mère est une magicienne souvent en tournée, et son père un mécanicien qui n’a clairement pas inventé la poudre (fan de foot et bourré de préjugés, comme le fait que les garçons héréto ne tricotent pas). Même s’il ne les comprend pas toujours, Ben s’entend bien avec sa famille. J’ai aimé la complicité qu’il a avec sa mère. Sa relation avec son père est un peu différente. Comme il ne veut pas le décevoir, Ben n’ose pas lui dire qu’il n’aime pas les voitures ou le sport, et encore moins qu’il aime faire du tricot.

C’est d’ailleurs l’un des points central du livre. Comment assumer sa passion pour le tricot dans une société comme la nôtre ? Autour de lui, tous pensent que les aiguilles ne vont qu’aux femmes ou aux gays. Sauf que Ben n’est ni l’un ni l’autre, alors pourquoi est-ce qu’il adore le tricot ? Parce que ça lui permet de ne plus penser à rien, de décrocher de tous ses soucis, de faire un break. Et puis surtout c’est tellement gratifiant de réaliser quelque chose de ses mains ! Au tout début, Ben fait tout pour que cela reste un secret. Il prétend participer au cours de poterie et demande au professeur qui anime le cours de n’en parler à personne. Bien entendu le lecteur sait d’avance que cela ne pourra pas rester ainsi. Ben le sait aussi, d’ailleurs, il n’est pas assez naïf pour croire que tout cela restera secret bien longtemps. Et pourtant malgré tout il continue d’y croire et repousse sans cesse le moment où il devra en parler à son père. Je pense que si c’est cette histoire m’a autant touché c’est parce que malgré moi j’y ai fait un parallèle avec le fait de faire un coming-out. Le secret n’est pas aussi « important » et pourtant la peur que ressent Ben est exactement la même. Il sait qu’on va le juger, peut-être même le rejeter. Tout ça pour quoi ? Parce qu’il aime quelque chose qui ne devrait pas l’intéresser. J’ai toujours trouvé ridicule cette manie de coller des poupées dans les mains des petites filles et des voitures dans celles des garçons. Le tricot n’est pas seulement un truc de fille tout comme il n’est pas seulement un truc de « vieille ». J’ai vraiment eu peur pour Ben lorsque son secret éclate au grand jour. D’abord dans son lycée, ce qui m’a fait appréhender la réaction de ses amis, puis ensuite chez lui, surtout en ce qui concerne son père. Évidemment je savais que tout ne pourrait pas bien se passer donc la réaction du père n’a pas été une réelle surprise. Je dirais même que j’aurais été déçue qu’il en soit autrement. J’ai été blessée en même temps que Ben et j’ai espéré avec lui pour que les choses s’arrangent enfin.

Ce livre est vraiment une grande réussite et une très bonne lecture. Le récit est léger et drôle tout en abordant mine de rien des thématiques sérieuses et parfois complexes comme l’affirmation de soi, l’acceptation de la différence, le regard des autres, la violence à l’école, les préjugés, les introspections classiques de l’adolescence (l’amitié, l’amour, la famille, …). Il y des moments parfois un peu durs, notamment face à ces personnes qui restent positionnées sur leur retranchement et ne veulent pas admettre qu’ils puissent potentiellement avoir une vision des choses étriquée. Certes Ben réussit finalement tout ce qu’il a entrepris et l’histoire frôle le non-crédible mais au final ça n’a pas la moindre importance parce qu’on est heureux pour lui.

Finalement le seul reproche que je puisse faire sur Les garçons ne tricotent pas (en public) concerne toutes les références à la culture populaire que l’on peut y trouver. Je préfère quand un livre est intemporel parce que tout le monde ne peut pas avoir la totalité de ces références. Un exemple tout bête : il est ici beaucoup question de Hunger Games. J’ai failli ne pas lire cette saga donc j’ai failli passer à côté d’énormément de références, ce qui aurait gêné ma compréhension du livre. Ah si, autre point négatif : la couverture ! Merlin qu’elle est moche et pas du tout représentative de l’histoire. Mais à part, j’ai vraiment passé un très, très bon moment !

Note : 8/10

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