Le mari de mon frère – Tome 1

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*Auteur : Gengoroh Tagame
Dessinateur : Gengoroh Tagame
Editeur : Akata
Date de sortie : 8 Septembre 2016
Nombre de pages : 180
Format : Manga
ISBN : 978-2369741541
Statut : Tome 1 – série en cours

« En fait, peu importe qu’il soit étranger, qu’il vienne d’un autre pays. C’est parce que le conjoint de mon frère est un homme que je suis mal à l’aise. C’est moi qui ne sais pas encore comment je dois me comporter avec lui. »

Synopsis :

Yaichi élève seul sa fille. Mais un jour, son quotidien va être perturbé… Perturbé par l’arrivée de Mike Flanagan dans sa vie. Ce Canadien n’est autre que le mari de son frère jumeau. Suite au décès de ce dernier, Mike est venu au Japon, pour réaliser un voyage identitaire dans la patrie de l’homme qu’il aimait. Yaichi n’a alors pas d’autre choix que d’accueillir chez lui ce beau-frère homosexuel, vis-à-vis de qui il ne sait pas comment il doit se comporter. Mais ne dit-on pas que la vérité sort de la bouche des enfants ? Peut-être que Kana, avec son regard de petite fille, saura lui donner les bonnes réponses.

Laissez-vous attendrir par le duo père-fils le plus improbable du manga ! Mi Tagawa décrit avec une grande tendresse les joies et les peines de ses héros hors du commun. Armée d’un trait fin et minutieux, l’auteure nous entraîne dans un voyage à travers le Japon traditionnel. Quelle que soit l’époque, la paternité s’apprend à petits pas !

L’avis de Tomie :

La vie tranquille de Yaichi et de sa fille Kana se voit bousculée par l’arrivée de Mike Flanagan, l’homme que Ryôji (son frère jumeau aujourd’hui décédé) a épousé après être parti s’installer au Canada. Bouleversée non pas dans ses habitudes de père célibataire mais plutôt dans ses convictions et son opinion sur l’homosexualité en générale et surtout sur celle de son frère, Yaichi va réaliser qu’il n’est peut-être pas aussi tolérant qu’il le pensait.

Pour être franche, si je ne m’étais fiée qu’à la couverture, je n’aurais jamais acheté Le mari de mon frère. Le dessin représente typiquement tout ce que je n’aime pas : personnages imposants, visages carrés et franchement simples, un style un peu « vieillot ». Pourquoi avoir tenté l’aventure, alors ? Pour le titre, tout simplement. En le lisant je me suis sentie interpellée, je me suis même dit « enfin un auteur qui ose ». Donc j’ai craqué. Et quelle bonne idée j’ai eu ! En seulement quelques pages mes problèmes avec le graphisme étaient totalement oubliés tant j’ai été prise par l’histoire.

Je craignais un peu un véritable choc des cultures non pas entre japonais et canadien mais entre hétéro et homo. On ne peut pas dire que Yaichi accueille Mike à bras ouverts mais au moins sait-il se contrôler et se montrer courtois. Même si ses pensées à l’égard de Mike sont loin d’être toutes amicales, il a la décence de les garder pour lui. Les débuts sont maladroits non seulement parce que les deux hommes ne se connaissent pas mais surtout parce que Yaichi est bourré de préjugés. Ces derniers sont d’ailleurs tout sauf des clichés, malheureusement. C’est l’un des points forts de Gengoroh Tagame, d’ailleurs, il ne tombe jamais dans l’excès. Toutes les pensées, toutes les réflexions que peut se faire Yaichi sont authentiques. S’adresser à des lecteurs de tous âges et leur parler d’homosexualité sans tabou ni érotisme, je ne peux que dire bravo ! C’est une lecture qu’on pourrait presque qualifier de pédagogique puisqu’elle se passe en partie du point de vue de Kana. Cette petite fille est pleine de candeur et d’innocence mais surtout de gentillesse et ne voit pas pourquoi deux hommes ne pourraient pas être ensemble. Elle ne juge pas, elle se contente de poser des questions et d’accepter les réponses le plus naturellement du monde et c’est une véritable bouffé d’air frais dans ce monde homophobe qui nous entoure. Les questions de Kana vont amener Yaichi à réaliser qu’il n’a jamais véritablement accepté l’homosexualité de son frère, qu’il a toujours préféré faire comme si ce fait n’existait pas. Peut-être est-ce même la raison de leur éloignement ? Yaichi n’est pas tout à fait homophobe, il ne sait tout simplement pas comment agir parce qu’il n’a jamais été confronté à cette situation avant. Il est maladroit, sans doute un peu ignorant aussi, ce qui donne lieu à quelques situations embarrassantes, surtout lorsque Kana s’en mêle.

Le mari de mon frère ne parle pas seulement d’homosexualité/d’homophobie. Comme Yaichi est père célibataire, la question du rôle de chacun dans un couple hétéro est abordée l’air de rien. Vivant seul, il se retrouve à faire lui-même ménage, cuisine et lessive, ce dont il n’est pas fier. Du coup se pose immanquablement la question de la mère : où est-elle ? Est-elle décédée ou simplement absente ? Je n’ai pas vraiment cherché à comprendre, entre les mots de Kana et le comportement de Yaichi, pour moi elle n’était tout simplement plus de ce monde mais il semblerait que ce soit un peu plus compliqué que ça. De là Gengoroh Tagame nous entraîne sur un autre sujet encore : la famille. La culture japonaise est très centrée sur l’importance des liens familiaux et Yaichi se retrouve partagé entre son savoir-vivre et ses pensées homophobes. Il le reconnait lui-même : si Mike avait été une femme, il n’aurait pas hésité une seule seconde à lui proposer de l’héberger. Là il a fallu l’intervention de Kana et son instance sur le fait que Mike est son oncle pour que Yaichi réalise qu’il ne s’est pas comporté comme il l’aurait dû vis-à-vis de Mike, trop perturbé par le fait que l’autre homme soit le mari de son frère.

Est également abordé le thème du deuil et rappelle que personne ne réagit de la même façon. A la mort de leurs parents, Yaichi n’a pas versé une seule larme alors que Ryôji était inconsolable. A la mort de Ryôji, Yaichi n’a pas plus pleuré, sans doute parce que la distance a fait qu’il n’a pas vraiment réalisé ce qu’il se passait. La présence de Mike lui rappelle se fait et Yaichi semble seulement commencer son deuil, à tout petits pas. J’espère vraiment retrouver ce point dans les prochains tomes et connaître enfin le ressenti de Yaichi vis-à-vis de la mort de son jumeau. Pour le moment la présence de Mike fait remonter à la surface tout un tas de souvenirs, de regrets et de questions (pourquoi ne se parlaient-il plus ? La distance est-elle réellement la seule coupable ?). C’est dans ces situations que Yaichi est le plus intéressant. Sans ça, il ne serait qu’un homme sans grand intérêt bourré de préjugés et d’idées reçues, le genre qu’on a parfois envie de frapper devant tant d’ignorance. Ces instants souvenirs le rendent touchant et donnent envie d’apprendre à le connaître.

Sont disséminées ici et là quelques « petites leçons de culture gays » qui personnellement ne m’ont rien appris de nouveau mais m’ont fait réaliser à quel point l’auteur a le sens du détail. Il s’agit de deux ou trois pages qui coupent littéralement l’histoire mais ces interventions n’ont rien de frustrant ou d’agaçant. C’était un pari risqué mais Gengoroh Tagame l’a gagné.

Certains pourraient reprocher à ce manga d’être trop léger, trop gentil. Dans ce premier tome il n’y a pas de grand conflit, pas de véritable problème à surmonter, pas de péripétie, pourrait-on dire. C’est une lecture tout en douceur et c’est, je pense, ce qui fait tout l’intérêt de ce manga. Oui les situations sont parfois un peu trop naïves mais il fallait au moins ça pour parler d’homophobie. Il ne faut pas oublier qu’au Japon l’homosexualité est loin d’être aussi bien acceptée qu’en France (ce qui n’est pas peu dire …), aussi le comportement de Yaichi vis-à-vis de Mike est déjà en soi un rebondissement énorme.

Un premier tome prometteur qui change des clichés véhiculés aussi bien sur les homosexuels que sur les homophobes, à la fois mélancolique et léger. Vivement la suite !

Note : 9/10

3 комментария к “Le mari de mon frère – Tome 1”

    1. Je suis tombée dessus vraiment par hasard, il était dans les présentations des nouveautés mais absolument pas mis en avant, presque oublié dans un coin. Un achat que je ne regrette pas 😉

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