Je t’ai rêvé

Je t'ai rêvé

*Avatar Tomie (fond violet)
*
*
*
*
*
*
Auteur : Francesca Zappia
Editeur : Robert Laffont
Date de sortie : 12 Novembre 2015
Nombre de pages : 450
Format : Broché
ISBN : 978-2221190241
Statut : Tome unique

« Je voulais être une ado. Je voulais faire le mur pendant la nuit (et pas en croyant être kidnappée par les communistes) et faire des choses que je n’étais pas censée faire. Avec d’autres gens. De vrais gens. Des gens qui savaient que je n’étais pas comme eux et qui s’en foutaient. »

Synopsis :

La folie est son quotidien. Rien ne la préparait à être « normale ».
« – On joue au jeu des vingt questions ?
– Ok, mais c’est moi qui les pose cette fois.
– Ca marche.
– Si je devine en moins de cinq questions, je serai vraiment déçue. »
Il esquisse un sourire et répond :
« – Ne m’insulte pas.
– Est-ce que tu es vivant ?
– Oui.
– Tu habites ici ?
– Oui.
– Je te connais ?
– Oui.

L’avis de Tomie :

C’est avec un mélange de scepticisme et de curiosité que j’ai commencé ce livre. J’étais intriguée parce que le thème de la schizophrénie n’est pas ce que l’on pourrait qualifier de courant dans l’univers du yound adult, mais particulièrement sceptique parce que je me méfie toujours lorsqu’un commentaire d’un auteur connu (ici John Green) orne la couverture. Soyons honnête, tout ceci n’est qu’une histoire de marketing et neuf fois sur dix l’auteur en question n’a jamais ouvert le livre mais accepté un joli chèque pour qu’on y appose son nom (ouh que je suis mauvaise langue ^^). Ceci dit, heureusement que je n’ai pas pour principe de fuir ce genre de livre parce que Je t’ai rêvé est absolument génial !

Ici nous suivons Alex, une adolescente schizophrène à tendance paranoïaque qui tente de contrôler sa maladie pour avoir une vie normale. Heureusement pour elle, elle peut compter sur ses parents et sur sa petite sœur Charlie pour ne pas sombrer dans la folie. Suite à un incident dans son ancien lycée, elle se voit contrainte de changer d’école ce qui n’arrange en rien son état mental. Parfois elle ne parvient pas à faire la différence entre la réalité et les hallucinations, ce qui fait qu’elle a besoin de repères donc que les changements ne sont vraiment pas évident pour elle. Vous n’aimiez pas être le petit nouveau dans un collège/lycée ? Rappelez-vous ces moments de doute et d’incertitude mais multipliez-les par dix. Au moins.

Alex n’a pas vraiment d’autres objectifs que celui de se faire oublier et de réussir à terminer son année sans faire de vague, pour pouvoir ensuite intégrer une fac. En guise de punition pour ce qu’il s’est passé dans son ancien lycée, elle se voit obligée de faire des heures de travaux d’intérêt général (qui ici consiste essentiellement à gérer la mise en place et l’entretien de l’équipement des différentes équipes sportives) en compagnie d’autres élèves. Parmi eux se trouve Miles, un crétin arrogant particulièrement intelligent dont les yeux bleus lui rappellent un petit garçon qu’elle a connu quand elle avait sept ans mais qu’elle n’a jamais revu par la suite, ce qui fait qu’elle n’a jamais su si cet enfant était réel ou inventé par sa schizophrénie.

Alex est vraiment attachante et on ne peut que la soutenir. Malgré sa maladie, sa peur des nazis, sa tendance à voir des complots partout et sa manie de prendre des photos pour discerner ce qui est réel et ce qui ne l’est pas, elle prend énormément sur elle, ravale ses doutes et ses peurs, et réussit à donner le change entre ses prises de bec avec Célia et cette surenchère de mauvais coups avec Miles. Mais tout ça importe peu au final puisqu’Alex a enfin ce qu’elle n’a jamais réussi à avoir jusque là : des amis.

La schizophrénie est ici traitée en douceur – peut-être un peu trop diront certains, il aurait été intéressant d’aller encore plus loin sur le sujet – et laisse finalement place à la romance. Bon ou mauvais choix, à vous de me le dire. Certes Alex vit quelques moments troublant mais on ne s’apitoie jamais sur son sort puisqu’au contraire elle se bat pour être normale, pour se sociabiliser, pour tenter de vivre, tout simplement. Elle est totalement lucide sur sa condition. Le problème avec la schizophrénie c’est qu’Alex ne sait pas toujours ce qui est réel et ce qui ne l’est pas malgré les petites astuces qu’elle a mise en place, du coup nous n’avons aucune certitude non plus et cela ne fait que décupler nos angoisses : ce python qui pend du plafond est-il une hallucination ou est-ce celui relâché dans le lycée par d’anciens élèves vingt ans plus tôt ? Les conversations qu’elle surprend entre Célia et sa mère sont-elles le fruit de son imagination ? Et le proviseur McCoy dans tout ça ? Est-ce qu’il cherche vraiment à nuire à Miles ou est-ce l’esprit complotiste d’Alex qui lui joue encore des tours ? Vous l’aurez compris, notre héroïne va se retrouver au cœur de quelque chose de grand, quelque chose qu’elle n’avait pas prévu en venant dans ce lycée, et nous non plus.

Et que dire de cette fin ? Ce n’est pas tant le grand final avec McCoy et Célia qui m’a secoué mais plutôt cette bombe que nous lâche l’auteur à propos de Charlie. Comme Alex j’ai tout nié en bloc, j’ai paniqué, j’ai tenté de négocier avant de devoir accepter l’évidence. Le monde d’Alex a dangereusement vacillé au point de lui faire remettre en doute toutes ses certitudes, à commencer par ses petits rituels qui la rassuraient et qu’elle pensait tellement fiables, la laissant à deux doigts de sombrer définitivement dans la folie.

Un roman captivant que je n’ai pas réussi à lâcher avant d’avoir lu la dernière ligne. L’angoisse monte lentement, nous incitant à tourner les pages. On sent que tout va finir par déraper mais on ignore encore de quel côté va venir le drame. On admire Alex mais on apprécie également énormément son humour, son originalité. Miles donne tout d’abord envie de le frapper mais il finit par se dévoiler au fil de l’histoire si bien qu’on en vient à pardonner sa capacité émotionnelle de la profondeur d’une petite cuillère. Même les autres personnages ont une réelle profondeur, qu’on les apprécie ou non. Le suspense est bien au rendez-vous puisque chaque fois qu’on échafaude une hypothèse, chaque fois qu’on esquisse une théorie celle-ci s’effondre pour laisser place à quelque chose qu’on n’avait pas vu venir.

9/10

2 комментария к “Je t’ai rêvé”

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.