Holden, mon frère

Holden, mon frère

*Avatar Tomie (fond violet)
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Auteur : Fanny Chiarello
Editeur : L’école des loisirs
Date de sortie : 4 Mars 2015
Nombre de pages : 208
Format : Poche
ISBN : 978-2211223225
Statut : Tome unique

« La honte absolue, cornichon, c’est de tenir un livre à l’envers. Surtout quand on le brandit comme une banderole. »

Synopsis :

Lorsqu’il pousse la porte de la bibliothèque municipale pour la première fois, Kévin Pouchin espère y trouver un peu de chaleur. Il ne demande rien d’autre. Et surtout pas un livre qui le ferait passer aux yeux de son père et des petites frappes du collège pour une chochotte ou un traître à sa famille ! Mais il est déjà trop tard. Kévin Pouchin vient de changer de trajectoire et de basculer dans le camp honni des binoclards. À la bibliothèque, il croise Laurie, la première de la classe de troisième D, ainsi qu’Irène, une mamie volcanique bien décidée à œuvrer pour « l’élévation spirituelle » de son nouveau protégé. Grâce à ses singulières alliées, Kévin va lire en cachette le premier vrai livre de sa vie : L’Attrape-cœurs. Le roman n’est pas aussi nunuche que son titre le laisse penser et son héros, Holden, lui ressemble comme un frère …

L’avis de Tomie :

Avec un père encore absent, disparu depuis deux semaines sans donner d’explications, et une mère qui a parfois du mal à supporter la présence de ses enfants, Kevin fait tout pour ne pas passer ses vacances de février à la maison. Si son frère et ses deux sœurs n’ont aucun mal à occuper leur temps libre, Kevin voit ses options limitées. Impossible d’aller chez son meilleur ami, parti chez sa grand-mère. Pas question de traîner au centre commercial parce que c’est là que Loïc et sa bande passent leurs journées. Pas d’argent pour le cinéma ou la salle d’arcades, ne lui reste que la bibliothèque, cet endroit où il n’a jamais mis les pieds. De toute façon les livres, ce n’est pas trop son truc. D’ailleurs il ne faudrait pas que ça s’ébruite. Que diraient ses parents ou même Loïc s’ils le savaient dans cet endroit réservé aux bourges et aux chochottes ? Sa réputation serait détruite à jamais. Kevin pensait avoir trouvé un coin tranquille et chaud où passer ses froides journées d’hiver mais il n’avait pas prévu de tomber sur Laurie, la première de la classe, ni de rencontrer Super Mamie, une bibliothécaire à la retraite qui compte bien lui faire comprendre qu’il n’y a pas de honte à lire des livres et que cela peut-être quelque chose de merveilleux.

Il y a, à mon sens, un problème de crédibilité dans tout ça. Pas au niveau de l’histoire, après tout la fiction permet à peu près tout et n’importe quoi. Mais Kevin est censé être un adolescent qui n’a jamais ouvert un livre de sa vie et qui ne regarde la télévision que pour les séries policières et la télé-réalité. Si l’histoire nous est racontée à travers Kevin alors il ne peut pas avoir un tel vocabulaire. Ce que nous lisons – donc ce qu’il pense – est relativement soutenu, ce qui ne colle pas du tout avec l’histoire. Il n’y a qu’à voir la différence entre ce qu’il nous dit à nous lecteurs et les échanges qu’il a avec les protagonistes du livre. D’accord je sais qu’on peut avoir un langage différent selon la personne que l’on a en face de soi mais là le décalage est trop grand.

C’est d’ailleurs vraiment dommage parce qu’à travers cette histoire différents points très intéressants sont abordés : la découverte d’un milieu social peu favorisé, la solidarité, des conditions de vie difficiles, un accès à la culture restreint et considéré souvent comme tabou, sans oublier l’idée qu’il n’y a rien de honteux à lire et à se cultiver, bien au contraire ! Il y a aussi une vraie notion d’optimisme parce que même s’il ne vient pas des beaux quartiers Kevin peut se donner les moyens de s’en sortir s’il le désir et fuir la misère sociale dans laquelle il se trouve. Sans oublier la notion d’estime de soi : ce n’est pas parce qu’on apprécie quelque chose que les autres dénigrent qu’il faut se sentir honteux et s’en priver. Les livres ont appris à Kevin à s’affirmer et quand on y pense c’est quand même quelque chose d’énorme !

L’histoire se lit sans peine bien qu’on se doute déjà de la fin. J’apprécie le mélange justement dosé d’humour (surtout grâce à Irène !) mais aussi de tristesse. Chaque émotion présente dans ce livre semble être contrebalancée par son contraire. Ainsi si Kevin se fait frapper par sa mère, il y a la tendresse d’Eva pour compenser.

Cependant je dois bien admettre que le fait que Kevin passe de cancre à écrivain en deux semaines m’a gêné. Le fait de lire peut vous changer la vie, certes, mais pas aussi rapidement. Sans oublier le père qui est prêt à frapper son fils en public pour avoir eu l’audace de fréquenter la bibliothèque et qui à la fin le félicite presque pour ça. Avec un sujet pareil, il aurait fallu étaler l’histoire sur plusieurs mois afin que les changements se fassent petit à petit, et surtout pour que les mentalités changent avec cohérence.

Cela reste une bonne histoire malgré tout, il suffit juste de ne pas trop réfléchir et de simplement se laisser porter par les mots de Fanny Chiarello.

6/10

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